Travail dominical : ouvrir plus longtemps ne fait pas consommer plus…
Le gouvernement veut autoriser le travail dominical («sur la base du volontariat et pour un salaire payé double») et annonce sa volonté imminente de légiférer. L'économiste Xavier Timbeau (OFCE) a évalué une telle mesure: «Ouvrir plus longtemps ne fait pas consommer plus.»
Dans le film culte de Jules Dassin, Ilya, prostituée œuvrant sur le port d'Athènes, ne travaillait jamais le dimanche. Aujourd'hui, d'après l'enquête emploi, près d'un tiers des salariés français déclarent travailler le dimanche occasionnellement et près d'un français actif sur 6 le fait régulièrement. Comme dans la plupart des pays, le travail du dimanche est encadré par des législations complexes et contraignantes (voir ici), limité à certains secteurs (en France, le commerce alimentaire, les métiers de l'hôtellerie et de la restauration, l'industrie à feu continu, les services de santé ou de sécurité, les transports, à certaines zones (touristiques) ou soumis à une autorisation municipale ou préfectorale pour un nombre limité de jours dans l'année. Régulièrement cette législation plus que centenaire, mais déjà largement amendée aux réalités et aux nécessités de l'époque, est remise en cause.
Pour les promoteurs du travail du dimanche, plus d'activité, plus d'emploi et plus de bien être sont à attendre (voir la «décision 137» de la commission Attali pour la libération de la croissance). L'expérience du terrain indique que le chiffre d'affaire augmente pour les enseignes qui ouvrent le dimanche. Conforama, Ikéa, Leroy Merlin ou les commerçants de la zone Plan de Campagne dans les Bouches du Rhône sont unanimes. Jusqu'à 25% de leur chiffre d'affaire serait réalisé ainsi le dimanche, un peu moins que le samedi. Pour ces commerces, on pourrait donc conclure qu'ouvrir le dimanche procurerait un gain substantiel d'activité. Qui dit activité dit emploi et comme les gains pour des consommateurs qui arrivent à des magasins moins fréquentés par des routes moins embouteillées sont également importants, on aurait là une mesure « gagnant gagnant » que quelques archéos combattraient pour le principe.
Il faut pourtant refroidir les illusions de ces commerçants. Ouvrir un jour de plus n'apporte plus d'activité que si les concurrents sont fermés à ce moment. Il en va pour les meubles, les livres, les CD ou les vêtements comme pour les baguettes. Si tous les magasins qui vendent des meubles ou de l'électroménager sont ouverts tous les jours de la semaine, ils vendront autant que s'ils sont ouverts 6 jours par semaine. Si un seul d'entre eux est ouvert le dimanche alors que ses concurrents sont fermés, alors il capte une part importante du marché. Les achats de machines à laver, téléviseurs ou meubles sont plus faciles à faire le dimanche que les jours de la semaine. Celui qui ouvre en solitaire en profite largement. Mais au bout du compte, les consommateurs achètent des chambres d'enfants en fonction du nombre de leurs enfants, de leurs âges ou de la taille de leur logement et pas parce qu'ils peuvent faire leurs emplettes le dimanche. Et ce sera leur revenu qui aura le dernier mot.
A la marge, il est possible que l'on vende un peu plus de livres ou de meubles, achetés impulsivement le dimanche, si les grandes surfaces spécialisées dans ces articles sont ouvertes. Mais les budgets des consommateurs n'étant pas extensibles, les dépenses faites ici seront compensées par des dépenses en moins ailleurs. Années après années, de nouveaux produits, de nouveaux motifs de dépense, de nouvelles stimulations commerciales ou de nouvelles formes de distribution émergent. Ces bouleversements ne modifient pas les contraintes ou les choix des consommateurs.
Dans le cas du commerce aux touristes étrangers, de passage sur notre territoire, l'ouverture le dimanche peut jouer en accroissant les ventes. Les touristes dépenseront moins dans un autre pays ou de retour chez eux. Cet effet positif est largement pris en compte par les dérogations existantes.
En 2003, la législation allemande qui encadrait strictement les plages d'ouverture du commerce de détail a été assouplie. Cela n'a rien changé dans la consommation ou l'épargne des allemands.
Cf le site pour défendre le repos dominical : http://www.travail-dimanche.com
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