C’est une tâche bien ardue d’oser un compte-rendu de notre journée de recollection paroissiale à l’Abbaye Saint-Georges, samedi dernier, après le mot de notre bouillant curé qui, bien qu’il ait été le dernier à quitter ce haut lieu de prière, peu avant Vêpres — ayant tenu à échanger longuement avec chacun des derniers paroissiens encore présents — trouva toutefois le temps d’inscrire sans tarder ses impressions sur le site internet de la paroisse, les agrémentant de la désormais incontournable « photo de famille » et imprimant le tout sur papier pour la Messe qu’il devait célébrer à Montoire, une heure plus tard !...
Que faire, donc ? Peut-être commencer par le commencement, me fut-il dit. Donc voici. L’accueil se fit aux alentours de 9 h. 30’, dans un joyeux et fraternel désordre. Si quelques habitués manquaient à l’appel, on fut très heureux, cependant, de l’arrivée de nouveaux paroissiens et on se réjouit plus encore quand on apprit, quelques heures plus tard, que de solides conversions étaient en route. (Logique, pour une année Saint Paul …) Après le café et les petits gâteaux d’usage qu’on se partagea comme on put, la guitariste improvisée du jour accompagna de ses hésitants accords le chant, tout nouveau pour nous, entonné par notre confiant pasteur. Puis on se retrouva à la chapelle du monastère dont peu d’entre nous avaient eu la chance d’entrevoir le discret frère hôtelier, Père Ignace, bien connu également de nombre de pénitents montoiriens.
Après la reprise du chant inconnu (Viens, Esprit-Saint libérateur), don Camille annonça le programme des réjouissances : méditation personnelle autour des textes de la Messe de la Toussaint (psaume 23, 1 Jn 3,1-3 et l’Évangile des Béatitudes selon saint Matthieu ch.5 ) puis, après la Messe, partage de cette Parole en équipes, auquel suivrait le déjeuner et la détente sauf, peut-être, pour les responsables d’équipe qui assureraient le « debriefing » avec don Camille afin de permettre un compte-rendu aussi exhaustif que possible pour la fin de journée. Après l’office de Nones, un moment d’adoration, de confessions et de prises de contact en vue de l’organisation du Temps fort de la Toussaint était aménagé avant de nous retrouver une dernière fois, tous ensemble, à la chapelle puis dans la prestigieuse bibliothèque (salle du bas) du vénérable Père Amand (bien connu également, voir plus haut …)
Détails des opérations : nous ne pouvons dire, bien sûr, comment se passa pour chacun la méditation personnelle sur les textes saints. En tout cas, personne ne fut en retard à l’office de Tierce suivi de la messe en grégorien (P. Ignace nous avait confectionné de précieux livrets afin de la suivre entièrement) en l’honneur de Saint François d’Assise, si cher à beaucoup d’entre nous, et dont on avait fêté particulièrement solennellement, à Blois, la veille, le Transitus (le moment où sœur la mort corporelle vint le conduire en présence de son « Très-Haut, Puissant et Bon Seigneur »). Pour la célébration de l’Eucharistie, les enfants de chœur présents étaient presque au complet : nous voulons dire, ceux qui n’avaient pas oublié leurs aubes ou que don Camille s’était avisé de vêtir pendant la première partie de l’office divin afin qu’ils puissent regagner le chœur ... En action de grâces, nos saints moines nous laissèrent chanter la prière de Saint-François, bien connue des enfants et de leurs catéchistes. Puis le célébrant offrit la prière de l’Église : « Par l’eucharistie que nous avons reçue, accorde-nous, Seigneur, qu’en imitant la charité de saint François et la générosité de son cœur d’apôtre, nous fassions servir au salut de tous les grâces que ton amour nous a données ». Cette prière nous parut convenir particulièrement à la situation de notre paroisse, tandis que nous avions également une pensée délicieusement ambivalente pour nos frères et sœurs du diocèse qui venaient d’atterrir à Assise à l’occasion des festivités de l’entrée dans le 800ème Jubilé de la famille franciscaine (la règle de l’Ordre des frères mineurs a, en effet, été approuvée par le pape en 1209).
Après le partage en groupes de la Parole de Dieu, on installa tables et chaises devant l’hôtellerie. L’esprit du Poverello suivant toujours Celui de son Maître, il inspira à notre sémillant curé de mêler sa voix au Cantico delle creature chanté à Assise et que venait d’entonner la guitariste tandis que surgissaient d’on ne sait où plusieurs bouteilles de bernache. Après l’apéritif, le benedicite consista en une louange tonitruante : celle du chant bien connu, issu des premiers mouvements charismatiques, du Laudato Si. Avec tout ça, il y avait décidément peu de chance que Frère François (et sœur Claire qui, pour l’occasion, y était allée de son fidèle rayon de soleil) n’entendît pas nos prières et nos vœux de pauvreté, de simplicité, d’humilité et d’amour fraternel !
De retour à la chapelle, tandis qu’on exposait le Très-Saint Sacrement après l’office de Nones, nous chantâmes le Psaume de la Création. Puis nous confiâmes à Dieu nos âmes dans tous leurs états … d’âme, oscillant entre adoration, sacrement de la réconciliation dispensé par les quatre prêtres disponibles et échanges nourris avec Catherine qui, sur deux tableaux, avait préparé pour nous le programme des festivités de la Toussaint. Vers 15 h. 30’, don Henri investit la chapelle avec les enfants qui entonnèrent à sa suite leur chant d’action de grâces. Puis il remit le Très-Saint Sacrement au tabernacle tandis que Père Dominique, le prieur, nous comblait de son bon sourire en nous assurant que nous serions « toujours les bienvenus » au monastère bénédictin. Enfin, don Camille nous convia tous à la bibliothèque pour le temps de l’au-revoir.
Le fougueux jeune prêtre est également un homme d’écoute et de prière : nous le découvrîmes en l’entendant nous résumer les attentes et les inquiétudes issues des divers groupes dont chaque participant avait relu sa vie à la lumière des textes proposés par la liturgie. La fragile situation de nos âmes, de notre monde (il fut notamment insisté sur le monde du travail) et de notre Église ainsi que les difficultés éprouvées dans nos missions d’évangélisation parmi tant d’êtres désarmés et qui attendent le Seigneur, tels des « brebis sans berger », furent particulièrement ressenties par les participants. Nos âmes, notre monde, notre Église chérie, n’étaient-ils donc tous plus qu’un champ de ruines, qu’un tas de pierres ? Don Camille nous exhorta au courage : non, dit-il, nous sommes bel et bien des pierres vivantes, des pierres destinées à la construction de la sainte Église du Christ contre laquelle rien ne peut prévaloir ! Mais prenons simplement garde à ne pas nous prendre déjà pour des cathédrales ... La Cathédrale, elle n’apparaîtra qu’à la fin des temps. Aujourd’hui, c’est le temps de sa construction, dans la joie et la douleur, et à cette construction, chacun est convié.
Le texte des Béatitudes fit également surgir une pointe de nostalgie au cœur de nombreux participants qui évoquèrent, émus, tel précieux enseignement de don Jacques que l’on se promit de ressortir des tiroirs ... (Don Jacques, si vous nous lisez …)
Nous reprîmes, avant de nous séparer, le refrain déjà mieux connu : « Viens, Esprit-Saint libérateur, … viens, viens en nos cœurs » avant de découvrir, sur nos feuilles de semaine, le « mot du curé », si paulinien : « pour notre paroisse, la plus profonde harmonie qu’il nous faut chercher (et le chant en est un moyen), c’est celle des cœurs, la concordia (avoir un même cœur et une même âme) … La paix est l’objet d’un combat, le fruit d’une lutte acharnée (… Elle) n’est pas derrière nous, elle est devant nous, nous l’obtiendrons au terme du combat spirituel que nous avons à mener contre tout ce qui fait en nous la guerre à Dieu : nos jalousies, nos rancunes, nos soifs de puissance, notre orgueil, nos illusions sur nous-même … »
Les paroissiens de Montoire tiennent à remercier chaleureusement St Paul et St François pour leurs précieuses inspirations tout au long de cette journée !
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